Institut du Galo

Qu’est-ce que le gallo ?

Naissance du gallo

58-51 av JC : la Conquête de la Gaule par Jules César

La civilisation romaine s’installe progressivement parmi les populations gauloises. Ainsi, deux langues se mélangèrent, à savoir le gaulois, langue celtique continentale et le latin populaire de garnison qui donnera par la suite, vers 400 après JC, un parler gallo-romain fortement dominé par le latin.

Sur le territoire de l’actuel état français, les langues d’origine latine, se diversifièrent selon les endroits et c’est ainsi que jusqu’au Moyen Age se développa un ensemble de différentes langues romanes qu’on a divisé depuis en deux groupes :

  • Les langues d’oïl au nord d’une ligne Poitiers-Grenoble, dans lesquelles figure le Britto-Roman ou gallo,
  • Les langues d’Oc au sud de cette ligne.

IVe siècle : Les vagues de migrations bretonnes venues de Cornouailles britannique et du Pays de Galles

Cette migration, qui s’étalera sur plusieurs siècles va contribuer à modifier la géographie linguistique de la Bretagne. Le breton sera parlé en Basse-Bretagne et dans une grande partie de la Haute-Bretagne. Il subira l’influence du gallo autant qu’il l’influencera.

 

1174-1178 : Premières traces écrites du gallo

L’œuvre la plus ancienne contenant des traits caractéristiques du gallo serait le Livre des Manières d’Estienne de Fougères, évêque de Rennes. On trouve également des éléments caractéristiques dans le Roman d’Aiquin, chanson de geste anonyme relatant la conquête de la Bretagne par Charlemagne, datant vraisemblablement de la fin du XIIe siècle.

 

1358 : Première attestation écrite d’une Bretagne double et donc gallèse

Il s’agit d’un acte du Duc de Bretagne Jean IV destiné à son trésorier : « A Georges Gicquel, nostre general recepveur en Bretaigne gallou, salut. »

Du XIIIe siècle et au XVIIe siècle essentiellement, le gallo va s’étendre vers l’Ouest, rognant largement sur l’aire du breton. C’est ainsi que ce qui correspond aujourd’hui à l’Ille-et-Vilaine, la Loire-Atlantique (moins la presqu’ile de Guérande) adoptera le gallo ainsi que la moitié orientale des Côtes-d’Armor et du Morbihan.

Le gallo, de la sphère culturelle à l’enseignement de la langue. Evolution du discours politique


XIXe siècle : Production de glossaires monographiques et des recueils de littérature orale par des folkloristes.

On retiendra notamment Adolphe Orain (né et mort à Bain-de-Bretagne), Lucien Decombes (né et mort à Rennes), Louis Esquieu (né et mort à Rennes), ainsi que Georges Dottin (né dans l’Oise, mort à Rennes) auteur d’une étude très approfondie sur le parler de Pléchâtel (Ille-et-Vilaine) ainsi qu’Amand Dagnet (né à Saint-Étienne-en-Coglès et mort à Saint-Servan-sur-Mer) qui fut le premier à faire une œuvre littéraire en gallo de Haute-Bretagne.

1934 : Publication des Monologues du pays gallo.
 Le diseur de paysanneries Mystringue fait publier à Ploërmel un petit fascicule d’octosyllabes en gallo, écrits sur un ton plaisant et destinés à être déclamés à haute voix.

1935 : Création du Groupe Gallo-Breton de Fougères de Gaït Corvaisier. Ce groupe folklorique, intéressé par les danses et coutumes de Haute-Bretagne et doté d’une troupe de théâtre, a connu le succès grâce à son interprétation de la pièce de théâtre d’Amand Dagnet en gallo, La Fille de la Brunelas, jouée pour la première fois en 1936. D’autres groupes comme celui-ci suivront, comme le Groupe Gallo-Breton de Rennes fondé en 1937 par Simone Morand, l’Union traditionaliste du Pays de la Mée de Joël de Villers en 1938. Ces groupes se défendent de parler de politique.

1939 : Création de la société des Compagnons de Merlin. L’intérêt est une nouvelle fois porté sur l’art et la littérature de Haute-Bretagne avec un discours plus politique. Cette société a vocation à « Réveiller la conscience bretonne en Haute-Bretagne ». Elle est la branche gallèse de la Fédération régionaliste bretonne. Dans Galerne, les Compagnons de Merlin diffusent leurs travaux, notamment des textes évoquant la situation du gallo en tant que langue.

Dans les années 40 et 50, on retrouve également des discours politiques et des réflexions théoriques sur la langue dans d’autres revues telles que Le Pays breton – Bro Vreizh de Jean Choleau et La Bretagne réelle de Jacques Quatreboeufs.

Des années 1950 aux années 1970 : Les enquêtes de l’abbé Gabriel Guillaume



C’est à partir des années 50 que l’abbé Guillaume, originaire de Saint-Martin-sur-Oust (Morbihan), chercheur à l’université catholique d’Angers, entreprend de mener des enquêtes dialectologiques dans l’ouest du domaine d’oïl, et en particulier en Haute-Bretagne. Le premier tome de son Atlas linguistique et ethnographique de la Bretagne romane, de l’Anjou et du Maine (ALBRAM) est publié par les presses du CNRS en 1975.

1959 : Albert Poulain collecte dans le pays de Redon.
 Ses enregistrements ethnographiques (chants, danses, patrimoine…) en pays de Redon puis dans divers endroits en Haute-Bretagne sont les premiers, en dehors d’un cadre institutionnel.
Dans ces mêmes années, auront lieu des collectages en Centre Bretagne par des membres du Cercle celtique de Loudéac (Marc Le Bris et Alain Noac’h), du côté de Dinan par Jean Mahé qui s’attache aussi à des domaines comme les remèdes liés aux plantes.

Milieu des années 1970 : Les milieux culturels gallos commencent à s’animer et à s’assumer. Les festivals et associations vont fleurir.

1975 : Création du concours chants populaire de la Bogue d’or à Redon par Jean-Bernard Vighetti.

1976 : Création du concours de musiques gallèses à Monterfil par Jean Baron et Christian Anneix.

4 avril 1976 : Création de l’association Les Amis du parler gallo qui aura aussi vocation à organiser des spectacles.

1977 : Création du concours musical de la Truite du Ridor à Plémet.

Juillet 1979 : Premières Assemblées gallèses. Organisé par Les Amis du parler gallo, ce festival dure une semaine et fait la promotion de la culture gallèse.

1977 : Création de la graphie ELG. C’est la publication d’un essai de graphie : Ecrire le gallo. Précis d’orthographe britto-romane, par le groupe de recherche Maézoe (« Maintenant »), rassemblé par Alain Raude qui crée cette graphie. Alain Raude désirait avoir une graphie unifiée pour écrire ce qu’il appelle le britto-roman. Elle sera utilisée par l’association des Amis du parler gallo.

Octobre 1977 : Signature de la Charte culturelle bretonne entre l’Etat et l’EPR (Établissement public régional, nom de la Région avant le suffrage universel) à Ploërmel. Elle reconnaît officiellement la « personnalité culturelle de la Bretagne », Loire-Atlantique comprise, et prévoit, des mesures concrètes pour « assurer à la langue bretonne, au parler gallo et à leurs cultures spécifiques, les moyens nécessaires à leur développement y compris dans l’enseignement et à la radio-télévision. »

Juin 1978 : Gilles Morin, 25 ans se fait élire président des Amis du parler gallo. Il va insuffler un puissant dynamisme, en surfant notamment sur la signature de la Charte Culturelle bretonne. Gilles Morin va faire de la question gallèse une question éminemment politique, et surtout sociale. Les Amis du parler gallo vont notamment faire de l’enseignement public de la langue un de leurs objectifs prioritaires et c’est l’enseignant Christian Leray, aux côtés de Gilles Morin, qui prendra en charge cet aspect de l’action associative.

1981 : Constitution d’une association des étudiants de gallo, car celui-ci est également enseigné à l’université.
Rentrée 1982 : Christian Leray occupe la fonction de conseiller pédagogique à l’École normale, spécialisé sur le gallo.

1983 : Création de l’association des Enseignants de gallo, qui obtient la création d’un certificat d’aptitude à l’enseignement de la langue et de la culture gallèses. La même année, Les Amis du parler gallo change de nom et deviennent Bertaeyn galeizz (« Bretagne gallèse »).

1984 : Le gallo devient la première langue d’oïl présentée en option au baccalauréat. Un deuxième poste de conseiller pédagogique est créé à l’École normale, pour le second degré, et est occupé par Gilles Morin.

2004 : Le conseil régional de Bretagne reconnaît le gallo et le breton comme langues officielles de Bretagne.

2007 : Création de l’association Chubri. Elle est chargée de dresser un inventaire linguistique et d’étudier la langue gallèse.

2009 : L’écriture ABCD, des initiales de ses inventeurs Régis Auffray, André Bienvenu, André Le Coq et Patrice Dréano, est fixée en 2009. Elle est utilisée par la majorité des acteurs associatifs et politiques.

2015 : Création de la Charte « du Galo, dam Yan, dam Vèr ! » pour développer l’usage et la visibilité de la langue gallèse dans la vie quotidienne. Cette charte s’adresse aux collectivités, associations et entreprises.

2016 : La Région Bretagne nomme un.e élu.e délégué.e à la langue gallèse, accompagné.e d’un.e référent.e au sein de ses services pour la mise en œuvre d’une politique linguistique pour le gallo.

La même année est créé l’Institut de la langue gallèse. Il a pour objet de développer l’usage du gallo, d’accroitre sa visibilité dans l’espace public et les médias, de favoriser l’enseignement et la formation à la langue gallèse. En 2021, l’Institut du Galo crée un service pour répondre aux besoins de traduction. Il a aussi vocation à travailler sur la terminologie de la langue gallèse.
2017 : Constitution de Cllâssiers, association de professeurs des écoles, de parents d’élèves et de spécialistes de la langue et de la pédagogie ayant pour objet de développer l’enseignement du gallo, la langue romane de Haute-Bretagne, dans les écoles primaires. Pour ce faire, Cllâssiers propose un accompagnement, des méthodes et des outils pédagogiques.
2018 : Enquête sociolinguistique commanditée par la Région à l’institut TMO Régions pour affiner sa politique en faveur de l’usage des langues de Bretagne. La même année sera votée la première politique linguistique à la Région Bretagne en faveur du gallo.

2021 : Première publication d’une méthode d’apprentissage de gallo pour adultes par l’Institut de la langue gallèse

2022 : Signature de la nouvelle convention spécifique en faveur des langues de Bretagne entre l’Etat et la Région Bretagne. L’Institut du Galo rejoint le comité de suivi et la langue gallèse gagne une place notable dans les textes.

Retour en haut